Donner des éléments familiers pour embarquer son audience

Double Vision (c) Electronic Shadow

Double Vision (c) Electronic Shadow

Lorsque le week-end dernier, je suis allé voir le spectacle “Double Vision” de Carolyn Carlson, je dois avouer que je suis resté perplexe durant une bonne première partie de cette performance artistique. Non que je sois hermétique mais tout simplement parce qu’il m’a fallu un temps relativement long pour être embarqué en tant que spectateur…

En fait, n’ayant reçu de l’artiste que trop peu d’informations sur lesquelles je pouvais me raccrocher, trop peu d’informations que je pouvais m’approprier par analogie avec ce que je connaissais, je suis resté longtemps extérieur à ce qui se passait. Un peu trop longtemps à mon goût.

Quel lien avec l’Art des Présentations ? Tout simplement que j’ai eu le sentiment d’être dans la même situation qu’un auditoire à qui l’on s’adresse avec une présentation au design trop “radical”. En milieu professionnel, on ne peut risquer de perdre son audience; il faut l’embarquer le plus vite possible.

En y repensant, j’ai trouvé un certain rapport entre cette situation et la “Malédiction de la Connaissance” (ou “Curse of Knowledge”) tel que présenté par les frères Chip & Dan Heath dans leur livre “Made to Stick: Why Some Ideas Survive and Others Die“. Ils y relatent l’expérience réalisée en 1990 par le Dr Elizabeth Newton à Stanford.

Au cours de celle-ci, le Dr Newton a demandé à plusieurs personnes de tapoter de leurs doigts sur une table une vingtaines de chansons connues. A chaque “tapoteur” était associé un “auditeur” chargé de reconnaitre la chanson. En bout de course, alors que les “tapoteurs” pensaient avoir réussi leur mission 1 fois sur 2 , en réalité, les “auditeurs” ne reconnaissaient les chansons qu’au ratio d’1 pour 40… Un véritable fossé en termes de performance.

Parce qu’ils connaissaient la chanson à jouer, les “tapoteurs” étaient incapables d’imaginer ce que cela pouvait être de ne pas savoir. Ils tapotaient donc au rythme d’une chanson qu’ils étaient seuls à entendre dans leur tête ! In fine, ils ne donnaient pas suffisamment d’informations permettant d’embarquer les “auditeurs” dans le travail de reconnaissance des mélodies.

Pouvons-nous prendre le risque de n’embarquer qu’une personne sur 40 dans un contexte de présentation professionnelle ?

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